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>2,3oz.
Automne 2078, j’étais à l’aeroport, attendant qu’un avion passe me prendre.
J’avais dépensé le reste de mes sous dans ce billet à destination inconnue.
Deux heures durant, j’avais épluché les articles d’un journal local sans trouver satisfaction à mon impatience. C’était un ramassis de paragraphes futiles et grotesques comme savaient si bien le faire bon nombre de journalistes. J’entendis enfin un vrombissement dans le ciel.
C’était un engin costaux, à hélices de peut être cinquante pieds de long. Sa carapace me laissa perplexe quant à ma sécurité. Apres tout, je m’en foutais. Il atterrit et s’approcha. Le pilote ouvrit le hublot, et d’une voix tonitruante, perça le bordel sonore : “Monte tout de suite, on ne s’arrête pas”.
Sans plus attendre, je me ruai vers le petit mastodon. Une minuscule porte s’ouvrit avec peine pour m’accueillir. Sans examiner ce qu’il y avait à l’intérieur, je plongeai mon corps d’un trait. Elle se referma aussitôt.
Il faisait sombre et humide. Les petits hublots peinaient à faire entrer la lumière. Les parois intérieures étaient recouvertes de terre et de boue. Je tâtais au hasard pour trouver un siège vacant tant disque l’avion redécollait. Il n’y avait que deux rangées de siège. Je pris place rapidement. Ma vision s’adapta à l’obscurité : je percevais à présent une demi douzaine de passagers dont les silhouettes m’étaient étrangères. Je me demandais dans quel merdier j’avais bien pu foutre les pieds.
Apres une heure d’attente, une ombre svelte et féminine sortit du cockpit. Elle nous proposa, dans un anglais aux accents douteux, quelques collations. Tant d’efforts pour un choix si limité : un unique cocktail, probablement concocté à base d’alcool frelaté et d’ingrédients non identifiés.
Chic, tout ce dont j’avais besoin pour calmer mon excès d’imagination dans l’obscurité environnante. Ainsi elle sortit un chariot sculpté dans une unique pierre massive et noire aux reflets mattes et striés. Des infrabasses en émanaient tel des litanies orientales. L’espace d’un instant je me suis demandé à quel type de cirque ou rituel sectaire j’aurai droit, mais ce fut tout autre : Arrivée à ma hauteur et sans même daigner m’interroger du regard, elle sortit un énorme gobelet où elle y versa cinq ou six ingrédients dont j’ignorais l’origine. Elle y ajouta quatre petits blocs de givre fumant et se mit à mélanger à l’aide d’une longue tige qui avait plus d’un sceptre que d’une cuillère. Elle versa le breuvage dans un calice de cristal qu’elle me tendit. J’entrevis un visage lisse, sans reflet. Incrédule, je pris le verre. J’hésitais entre un rire nerveux ou fataliste. Au diable la raison!
Je posais mes lèvres sur le bord de la coupe quand une violente turbulence secoua l’avion. Par les saints esprits, pas une goutte n’avait débordé de ma coupette. Et tant mieux! Je repris une gorgée. Un inquiétant bruit retentit de l’autre côté de l’avion. Par un coup d’oeil à travers la minuscule fenêtre j’aperçus une hélice en flamme. Prit d’une sépulcrale panique, je bus mon breuvage d’un trait et c’est à cet instant que la deuxième hélice s’enflamma : l’avion piquât droit au sol. Un sentiment inconnus me serrait les entrailles… et à cela s’ajoutait le cocktail qui exigeait de refaire surface.
Le plus étrange dans tout ça, c’est que le silence régnait autour de moi : le pilote avait éteint les machines et les passagers restaient silencieux (en fait je ne les avais pas entendus depuis le début). Quelle idée d’avoir acheté un billet sans connaitre la destination et d’entrer dans un avion en tôle dorée… Plongé dans mes reproches, Je perdis connaissance.
Une chaleur insoutenable et un léger fumet de cacao torréfié me firent reprendre esprit. L’avion avait été déchiqueté et je me trouvais toujours dans mon fauteuil. Je me levais difficilement pour faire un tour des lieux. Il ne restait plus personne. Tout le monde avait disparus. En sortant de l’engin je découvris un monde désolé ou flammes et montagnes de chocolat m’entourraient.
Finalement, je ne regrettais pas tant ma douteuse destination…
Come to the Daemon bar to taste my trip to Hell :
- 40ml. Mescal
- 10ml. Tempus Fugit L’Avion d’Or
- 10ml. White Vermouth del Professore
- 10ml. Amaro Averna
- 1 Dash : Chocolate Bitter
- 1 Dash : Angostura Bitter
- Garnish : Orange Zest
- Stir all ingredients
- Strain into a cocktail glass
- Garnish





































